Notre pharmacie

L’ancienne niche d’une horloge disparue nous servait d’armoire à pharmacie. Le contenu se réduisait à la plus simple expression. En cas de maladie, il n’y avait pas de confusion possible. Voici les remèdes utilisés : de l’aspirine contre la fièvre, du Formitrol contre les maux de gorge, de la teinture d’iode pour les blessures, de l’alcool de menthe contre les maux de ventre et du Lysoforme pour le bétail. Quelques bandes de gaze, du sparadrap et un thermomètre complétaient notre pharmacie.

D’ailleurs, de quelque douleur que l’on se plaigne, papa disait : «Bois des camomilles !» Comme si une tasse de ce breuvage allait guérir tous nos maux. Si on avait pris froid, invariablement maman disait en patois : «C’est pas étonnant, elles sont pas habillées». Si on avait la gorge enflammée, on nous faisait boire du lait très chaud bien sucré, mélangé de cannelle moulue. On faisait rarement appel au docteur Fasel de Romont.

Je devais avoir quatre ou cinq ans quand les grandes eurent la scarlatine ; les petites devions être vaccinées. Je me souviens d’avoir eu tellement peur de la piqûre que je me serais sauvée n’importe où pour y échapper. Le docteur vint aussi une fois pour Gute qui avait fait une méningite aiguë et pour Agnès atteinte de pneumonie. Il y eut, bien avant, l’appendicite de Thérèse et moi. On nous hospitalisa à la clinique Sainte-Anne à Fribourg à trois et quatre ans, à un jour d’intervalle. C’était en 1932. Dans l’ensemble, on jouissait d’une bonne santé. Lorsqu’on était malades en hiver, comme nos chambres étaient froides, on avait le privilège de passer nos journées dans le lit de papa et maman. On le trouvait si doux et le duvet si léger, les nôtres étaient de plomb.

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