Notre bibliothèque

Avoir une bibliothèque, en ce temps-là, chez les paysans, n’était pas chose courante. Aussi, était-on très fiers et pourtant… ce n’était que deux planches de sapin brut à la verticale, reliées par quatre mêmes planches horizontales en guise de rayons. Pour nous, c’était des tablars.
Là vieillissaient des Pierre l’Ermite, offerts par tante Lucie soucieuse du salut de nos âmes, entre autres titres : «Pas de prêtre entre toi et moi», «Les hommes sont fous», «La femme aux yeux ouverts» etc. Etaient là aussi le Code civil puant le moisi, un vieux dictionnaire Larousse, trésor sans prix : ne contenait-il pas toutes les réponses aux questions concernant le sens des mots peu courants ?

Un rayon était réservé aux livres de chants, deux Claude Augé : un pour la musique et le supplément plein d’illustrations qui nous faisaient rêver. C’étaient des chants nostalgiques : «Seul dans le grand désert», «Au clair de la lune», «La mère Michel», «Barcarolle», «Le moulin» etc. Moi qui aimais tant les chats, j’étais outrée en voyant la bergère lever son bâton sur le chat qui avait mangé sa crème. La scène du loup prêt à dévorer l’agneau nous faisait grande pitié : on avait même crevé les yeux du loup de la pointe d’un crayon. Il y avait aussi des livres de cantiques, ceux de Lourdes dédiés à la Vierge. Il était si beau entre autres le cantique des laboureurs : «A ton autel quand la nuit tombe, vois accourir les laboureurs…»

On ne possédait ni radio, ni TV, mais seulement un vieux gramophone sur lequel on passait inlassablement les quelques disques qu’on possédait : Tino Rossi, Rina Ketty, les valses viennoises etc. Mais on chantait beaucoup, durant des soirées entières, sur le banc devant la maison en été, pour la plus grande joie de papa et maman. On adorait la lecture aussi, voilà pourquoi notre bibliothèque nous était si précieuse.

Laisser un commentaire