Nos menus

Nos déjeuners se composaient de café au lait accompagné soit de röstis, de polenta, de purée de patates à la crème ou de pommes de terre rondes et sérac au mois de juin. On se réjouissait du dimanche où on avait le beurre et la confiture. On fabriquait le beurre le samedi dans la baratte en bois. En été, la crème était parfois si tiède qu’on avait mille maux à obtenir du beurre et quel beurre… tout saturé de petit-lait ! On le mangeait quand même, tout aigrelet qu’il était ; à la bénichon seulement, on achetait du beurre. Papa prenait chaque jour un oeuf délayé dans sa soupe et du miel au déjeuner.

Le menu de midi ne variait guère : du lard, de la saucisse, les légumes de saison (choux, haricots, pois, épinards), de la salade ou des «chètson» (pommes douces séchées). On saupoudrait la salade de sucre, eh oui ! on adorait ça, maman surtout. Le jambon et le saucisson étaient réservés aux menus des dimanches.

On faisait maigre deux à trois fois par semaine, obligatoirement le vendredi, c’était la loi de l’Eglise. C’étaient nos dîners préférés ! On se régalait d’omelettes arrosées de vin cuit, de croûtes aux oeufs, de pommes de terre à la lèchefrite avec du cacao. Que c’était bon ! Qui s’en souvient ? Lorsqu’une vache vêlait, on prélevait les premiers laits qu’on mettait dans la lèchefrite parsemée d’oignons frits. Après une heure ou deux dans le four, on obtenait un mets tout d’alvéoles, au goût typique : du «béton». On le mangeait arrosé de vin cuit. C’était un repas apprécié.

Les menus étaient plus variés à la période de boucherie. On se régalait de saucisse à rôtir et de filet rôti, un peu moins des «pioton» (pieds) tout gluants. Plus jamais je n’ai retrouvé la saveur des saucisses à rôtir de notre enfance.

De mai à la Toussaint, on prenait cinq repas par jour : le déjeuner, les «dix-heures» (collation du matin), le dîner, le «café» (collation de l’après-midi) et le souper. Aux «dix-heures» on avait du cacao et du pain et «au café» du café au lait, du pain et de la confiture.

Le souper comprenait, excepté le dimanche, de la soupe, du pain, du bon lard froid ou du fromage le vendredi. Puis dans la même assiette, on se versait une ration de lait qu’on mangeait à la cuillère. Etonnant !

En hiver, on ne faisait que trois repas, le souper à cinq heures avant de gouverner. On n’avait plus de soupe le soir, mais les soupers étaient un peu la répétition des déjeuners : röstis, patates rondes, polentas, macaronis et quelquefois le délicieux gâteau au maïs que maman ou Lucie faisait si bon. On s’en régalait, surtout Paul.

On vivait des produits de la terre.

Laisser un commentaire