Les Mèges

Que de plaisir il nous a procuré. Les Mèges était en fait le petit ruisseau venant de Lieffrens en serpentant dans les marais, à fleur de pré. Il alimentait la scie, chutant sur l’immense roue à aubes qui actionnait la mécanique. En amont de la roue, sur une cinquantaine de mètres, il avait été canalisé dans une espèce d’étui en tôle, ouvert du côté ciel. Ça, c’était les Mèges, il séparait le domaine des oncles du nôtre. En été, chaque vesprée, en rentrant des foins, on allait s’y laver les pieds, assis sur le rebord. Qu’elle était douce sous nos pieds la mousse qui tapissait le fond. On s’y amusait royalement, y faisant circuler toutes sortes d’embarcations nées de notre imagination. Parfois, on y faisait nager un chat pour le plaisir, le nôtre surtout… Les chats détestent l’eau, mais nagent bien.

Un peu en aval des Mèges, à une époque, se trouvait un étang à canards, juste dans le renflement du ruisseau, entre deux buissons de vernes. Que c’était joli de voir déambuler ces petits canetons à la queue leu leu, du poulailler jusqu’à l’étang. On ne les avait pas gardés longtemps je crois, une saison tout au plus. A la même époque, nous avions une dinde pour couver. Elle était morte tragiquement, étranglée par un renard. Le lendemain matin, on la trouva «encrottée» (enterrée) au-dessus du chemin.

Un jour, le coin du marais fut drainé, les hommes de la commune manièrent pioches et louchets. Hélas, avec les travaux d’assainissement disparurent à tout jamais le marais, ses boutons d’or et ses merveilleuses gentianes, ses libellules et ses herbes odorantes et… le joli ruisseau poétique et, par enchaînement, les Mèges de notre enfance. Que de belles choses on a sacrifiées à la rentabilité dans nos villages. Heureusement, les souvenirs d’enfance ne s’effacent jamais !

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