La saint Nicolas

On y croyait vraiment, d’autant plus que deux fois au moins il s’était montré… comme on disait. Et s’il ne se montrait pas, on y croyait d’autant plus, impressionnés par le mystère.

Comme on trouvait saint Nicolas intelligent et pratique ! Il nous apportait justement ce dont on avait le plus urgent besoin : une paire de mitaines, un bonnet, une culotte, voire des écheveaux de laine alors qu’on avait justement décidé de se tricoter un pull-over (on disait un pullovre) et toujours un grand cornet de châtaignes pour le souper. On les mangeait avec de la gelée de coing, un délice !

Le soir du 6 décembre, avant d’aller se coucher, on rangeait avec précision bérets basques et bonnets de laine sur la table de la chambre. On y déposait des petits billets indiquant nos prénoms et parfois nos désirs. Je me souviens qu’une année, nous, les petites, dont la foi était inébranlable, avions été scandalisées par le comportement de Paul : sur son billet, il avait écrit : une étrille. On s’imaginait déjà saint Nicolas piquant une sainte colère. Cette demande était vraiment déplacée à notre avis. Notre désarroi fut à son comble quand on vit que son voeu fut exaucé.

Le matin du 7 décembre, on avait hâte de se lever ; je vois encore dans ma mémoire briller les biscômes dans nos bonnets lorsque, ayant traversé la cuisine à pieds nus, on entrouvrait doucement la porte de la chambre. Saint Nicolas était venu ! Pour nous, cela tenait chaque fois du miracle. On trouvait son exactitude et sa capacité de travail fabuleuses : comment pouvait-il faire la tournée de toutes les maisons le même soir ! Il avait même emporté les carottes et le cornet de son qu’on avait préparés pour son âne. Maman, en voyant notre bonheur, avait un air réjoui comme jamais. Je vois encore son visage, celui d’une maman super heureuse.

Mais le mystère de saint Nicolas se vivait ailleurs encore… Quiquine, Thérèse et moi le savions. Gute nous racontait des histoires bien plus drôles encore, à l’écurie du cheval, Coco à cette époque. Bien avant le 6 décembre, il nous faisait vivre des moments inoubliables. On en rêvait la nuit. Il prétendait que devant les pieds de Coco, juste sous la mangeoire, il y avait une porte secrète d’où, le soir du 6 décembre, sortait un saint Nicolas aux bas bleus, à condition qu’aucun être humain ne se trouve dans l’écurie. Coco gardait bien le secret. Nous ne doutions pas un instant du mystère, tant Gute savait créer l’atmosphère voulue. Il parlait comme un féticheur ponctuant ses paroles de gestes de sorcier. On le voyait presque ce saint Nicolas aux bas bleus, tirant sur le violet…. Heureux temps !

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